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Quand le cheval de club attaque la compétition


Le cheval de voltige de compétition a parfois commencé sa carrière comme " cheval de club " avant de " changer de métier "… et c'est là la bonne expression, car il s'agit de deux activités réellement différentes.

Le " métier " du cheval de club consiste à être un bon " éducateur ", c'est à dire mettre à disposition avec gentillesse ses capacités physiques dans la discipline concernée.

Le métier du cheval de compétition, et à fortiori si l'on vise le haut niveau, est d'être amené et maintenu au maximum de ses capacités sportives et techniques durant toute la saison de compétition, c'est à dire pour la voltige de mars à septembre !



La fatigue passagère et les courbatures musculaires du cheval de club passeront peut être inaperçues, celles du cheval de saut d'obstacle lui feront faire la faute fatidique, mais qu'en est-il du cheval de voltige ? Une douleur, même légère, va l'empêcher de travailler dans la décontraction qu'on exige de lui : il aura alors tendance à fuir la douleur (et briser la régularité de son galop si précieuse au voltigeur), ou à contracter son dos en réaction aux déplacements du voltigeur (ce qui peut déséquilibrer le voltigeur sur son " debout" par exemple)…

Les répercussions d'une boiterie ne sont pas identiques non plus : le cheval de club bénéficiera du repos préconisé puis reprendra son métier ; alors que la même boiterie, même légère, peut empêcher le cheval " athlète " de participer à une épreuve importante (qualificative pour un Championnat par exemple) et ainsi le pénaliser pour tout le reste de la saison… et pénaliser son voltigeur !

La performance sportive est liée à un ensemble de détails tous aussi importants les uns que les autres et rien ne peut être considéré comme " secondaire"… Alors comment faire pour que notre cheval de club atteigne " la cour des grands " et amène son voltigeur au plus haut niveau ? De la prévention, à tous les niveaux !!!

Le premier élément est l'aspect alimentaire : il convient de définir l'alimentation la plus adaptée à l'activité physique du cheval et à son rythme de vie, en accord avec son vétérinaire traitant qui connaît ses points faibles sur le plan médical.

Le second élément clé est le travail du cheval : le cheval de compétition a besoin d'un travail quotidien de qualité (comme son voltigeur), alternant des séances de musculation, d'assouplissements, de mise en souffle, et le travail spécifique à la discipline (travail à la longe et voltige) : il est évident que ce travail ne peut être fait que par un cavalier avisé, qui suivra une programme précis… Il ne faut pas oublier qu'en équitation, un exercice mal réalisé, non seulement ne procure pas l'effet escompté, mais peut aussi se révéler très néfaste (entretien de positions antalgiques, développement d'asymétrie dans la musculature)… A titre d'exemple, un cheval qui présente des lésions d'arthrose dorsale, pourra avoir une carrière sportive de très haut niveau sans aucune gêne s'il est travaillé correctement et régulièrement ; à l'inverse, le même cheval travaillé irrégulièrement (qualitativement ou quantitativement) va très rapidement manifester des signes de dorsalgie parfois sévères…

Le maréchal est l'autre artisan de la performance du cheval de sport : la ferrure du cheval de compétition ne devrait pas dépasser 6 à 8 semaines au grand maximum (un pied " long " crée des bras de leviers extrêmement puissants sur les articulations du paturon qui facilitent l'apparition d'arthrose). En outre un cheval qui a mal aux pieds travaille avec un dos très contracté pour essayer de se soulager, et peut montrer des signes de douleur dorsale…à cause de ses pieds !

Enfin, le dernier protagoniste est le vétérinaire… qui ne joue pas le même rôle pour le cheval de club et le cheval de compétition.

Le cheval de club est " monsieur tout le monde " qui appelle son docteur quand il tombe malade. Le cheval de compétition est l'athlète de haut niveau qui n'a " pas le droit d'être malade " … et qui se fait suivre pas son médecin au moindre signe avant-coureur de la maladie… C'est donc à l'entourage quotidien du cheval d'être attentif à ces signaux d'alerte que le cheval lui envoie : il va exprimer une pathologie débutante par des modifications subtiles dans son comportement au box (il mange plus lentement que d'habitude, il grince des dents alors qu'il ne le faisait pas …) ou au travail (il rechigne de plus en plus à réaliser certains exercices qu'il maîtrise pourtant parfaitement…).

La solution la plus satisfaisante est de réaliser régulièrement un bilan médico-sportif qui permet d'adapter le travail du cheval, sa ferrure, son alimentation à son état du moment. Le vétérinaire devient celui qui empêche le cheval de boiter au lieu d'être celui qui vient pour soigner…quand c'est déjà trop tard pour la compétition !


On le voit, le chemin est long et coûteux pour changer de métier quand on est cheval de club… On l'aura compris, le maître mot est REGULARITE, à tous les niveaux (alimentation, maréchalerie, travail, suivi médical)… Le reste, c'est l'étincelle magique qui fait que le jour J, les heures de travail réalisées en amont s'effacent devant quelques minutes de grâce, quand le cheval met totalement son énergie à la disposition du voltigeur qui devient danseur….

Natacha GIMENEZ, Dr Vétérinaire des équipes de France aux Jeux Equestres Mondiaux de Jerez (2002)